Charles Bukowski : " fourmis défilant sur mes bras ivres ".

Publié le par LMPG

 

Ô des fourmis défilent sur mes bras ivres

et elles abandonnent Van Gogh dans un champ de maïs
et ôtent la vie au monde avec un

fusil de chasse,

et défilent sur mes bras ivres

et elles poussent Rimbaud

à trafiquer des armes et à chercher de l'or

sous les rochers,

Ô des fourmis défilent sur mes bras ivres,

elles ont envoyé Pound à l'asile

et ont poussé Crane à se jeter à la mer

en pyjama,

des fourmis, des fourmis défilent sur mes bras ivres

alors que nos écoliers scandent le nom de Willie Mays

plutôt que celui de Bach,

des fourmis défilent sur mes bras ivres

à travers mon verre j'essaie d'attraper

des planches de surf, des lavabos, des tournesols

et la machine à écrire tombe de la table

comme une attaque cardiaque

ou un taureau mort du dimanche,

et les fourmis entrent dans ma bouche

et dans ma gorge,

je les fais passer avec du vin

et remonte les stores

elles sont sur le grillage de la fenêtre

et sur les rues

escaladent les clochers des églises

et les chapes des pneus

cherchant quelque chose d'autre

à manger.

 

In Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, éd. du Rocher, 2011.

 

 

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