George Oppen : « IMAGE DU MOTEUR »

Publié le par LMPG

 

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Selon toute vraisemblance un joint de culasse usé

Qui crache à chaque poussée du moteur, l’arbre à manivelle

Cognant comme une sonnette dans les profondeurs de l’engin :

Une machine qui s’emballe toute seule, une masse

Brûlante et concentrée de machine

Embrayée dans la mécanique incertaine du monde, avec ses

       soupapes agitées

Et la lourde frénésie de ses pistons. Quand l’engin s’arrête,

Cale, toussant lentement une dernière fois

Par son pot d’échappement, le volant tentant gauchement

D’enrayer la compression, s’arrête, finalement,

Et cale, la compression s’échappant

Des cylindres immobilisés s’imaginera-t-on

Alors puisque imaginer est possible

Qu’expulsé par l’acier qui refroidit

Plane alors à cet instant, comme un spectre et un panache

        de vapeur, une séquelle,

L’ange immobile et calme du savoir et de la compréhension.

 

 

Poésie complètes, José Corti, 2011. p.54 (extrait du recueil Les matériaux, 1962.) – Traduction de Yves di Manno que l'on peut retrouver sur : http://levurelitteraire.com/yves-di-manno-bio/.Poesie compl Oppen[1]




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