Odkali de Cayeux : « J’avais vécu assise sur mon fauteuil vert défoncé… »

Publié le par LMPG

 

Un peu de prose dans ce monde de poésie... L'auteure nous autorise à publier un extrait de son texte. Nous la remercions. Il est possible de la lire davantage sur son blog, à droite de l’écran.



 

1.

 

J’avais vécu assise sur mon fauteuil vert défoncé, entourée de mes vernis, ma table, mon cendrier : mes proches. Des années. Mon seul voyage dans ma voiture déglinguée était celui de la route me conduisant sur ma colline où les herbes étaient mes confidentes. Aujourd’hui, j’ai pris un couteau, je l’ai planté dans ma poitrine et je me suis tuée pour de faux. Juste après, ce fut pour moi d’une facilité incroyable de vivre, puisque je n’étais devenue, en un unique coup de couteau, plus personne. Et puis l’idée me vint de devenir quelqu’un. J’étais auparavant une femme, je ne pouvais changer puisque mes apparences n’engendraient pas la tromperie sur mon genre. Je restais donc une femme. Je ne me suis pas décidée à me prénommer, il en existait trop de prénoms. Et puis personne ne m’aurait appelée, cela était donc vain. Je suis sortie de chez Elle, cette femme que j’étais. Mon premier pas de nouvel être vers l’humain fut, en marchant dans la rue, de regarder un homme droit dans les yeux en le saluant d’un bonjour. Il fronça les sourcils et haussa les épaules.  J’avais sans doute un quelque chose qu’il ne fallait pas. Je suis rentrée chez Elle et je me suis observée dans le miroir. Mon visage ne me glaçait pas, je semblais être fondue dans une normalité profonde. Mon regard s’est baissé sur ma tenue vestimentaire. Une nuisette bleue et longue. Je ne la trouvais pas choquante, elle semblait être une robe presque normale, peut-être même légèrement habillée pour une robe. Et puis j’ai rejoint ce fauteuil vert défoncé, j’ai posé un de mes pieds sur le petit tabouret et j’ai attrapé le vernis rouge pour peindre mes ongles. Mon pied était sale du bitume du trottoir, j’avais oublié de sortir chaussée. Là, j’ai repensé à la réaction de cet homme croisé dans cette rue. J’ai enlevé le couteau de ma poitrine et j’ai continué de vivre en  Moi.


 

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