Oliverio Girondo : " Note de rue ".

Publié le par LMPG

 

 

A la terrasse d’un café il y a une famille grise. Passent des seins qui louchent et cherchent un sourire sur les tables. Le bruit des voitures fait déteindre les feuilles des arbres. A un cinquième étage, quelqu’un se crucifie en ouvrant grand une fenêtre.

Je réfléchis à l’endroit où je conserverai les kiosques, les réverbères, les passants qui pénètrent dans mes pupilles. Je me sens tellement plein que j’ai peur d’exploser… Il me faudrait lâcher un peu de lest sur le chemin…

En arrivant à un coin de rue, mon ombre se sépare de moi, et soudain, se jette sous les roues d’un tramway.

 

 

 

 

In Ombre de la mémoire, Anthologie de la poésie hispano-américaine, éd. Gallimard, p.123.

 

 

 

 

 

 

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